Ne l'oublions jamais : la médecine est un business comme un autre. Elle opère simplement sous couvert de prendre soin de notre santé. Et dans un pays où nous avons la chance d'avoir un système qui couvre une partie des dépenses, on ne le voit pas toujours sous cet angle-là. Moi, confrontée plusieurs fois à ses travers, j'en ai fait les frais. Je reste donc vigilante, surtout depuis que certains examens sont devenus obligatoires et qu'on nous met une pression monstre pour aller les réaliser.
Le dernier en date : une coloscopie.
« Madame, vous êtes positive au test, il faut y aller ! » Un petit saignement, et le danger est imminent. Il suffit d'une histoire triste, d'un mort qui n'a pas fait l'examen à temps, et nous voilà tous concernés. La peur est notre principale ennemie, mais ça, personne ne le dit. Pourtant on sait très bien que le stress, l'angoisse, la peur provoquent les maladies les plus graves. Cherchez l'erreur.
Ce qui me choque d'emblée dans la proposition : l'examen sera pratiqué par un médecin qui ne m'a JAMAIS rencontrée. Je suis un numéro. Un trou du cul dans l'usine à gaz. (Oui, c'est facile. Mais l'image est tellement juste.)
J'ai freiné des deux pieds et décidé de consulter mon gastro-entérologue, qui LUI me connaît. Verdict : double dose de purge, double régime, parce que mon organisme est lent. Autant de contraintes supplémentaires, mais au moins, le jour J, mon côlon serait prêt pour la visite, prêt à révéler ses fresques… aussi nettes que les grottes de Lascaux.
J'ai demandé à ne pas être anesthésiée. Chaque fois que j'ai pu, j'ai refusé. La plupart des pays pratiquent cet examen sans. Bien sûr, elle peut être nécessaire dans certains cas, mais la plupart du temps, elle est surtout utile pour le médecin, qui travaille plus vite sur un corps endormi. Un patient éveillé demande plus de temps et d'attention. Humainement, c'est franchement mieux.
Pour ma part, j'ai été soignée aux petits oignons : une équipe attentionnée, bienveillante. J'ai chanté pendant l'examen pour me détendre, et avec mes parodies, on a tous bien ri. Le médecin, lui, cherchait désespérément un polype. Quand enfin il en a repéré un, tout petit, impossible de remettre la main dessus, au moment où il a introduit la pince. Et sur le chemin du retour de la caméra, oh miracle, un second est apparu. Celui-là méritait qu'on lui règle son compte.
Je n'ai trouvé aucun forum probant sur le sujet. Comme si la coloscopie restait un tabou. Pourtant on gagnerait tous à en parler, sans la peur, sans la honte, et avec un peu d'humour, bordel.