Ecrire est une merveilleuse façon de se couper du monde alors que l’on écrit pour les autres. En tout cas, la plupart du temps. Depuis plusieurs mois, je suis enfermée dans ma bulle, ma caverne, sous ma tente, éclairée à la bougie (mon salon est très joli quand même.)

Mais voilà, j’écris une pièce de théâtre et sans le son des voix de mes personnages, à un moment donné ; je n’entends plus rien ou seulement moi ! Même si je m’applique à les jouer, j’en deviens schizophrène et c’est inquiétant. Tous ces personnages, il faut les aimer pour les rendre humains. Curieux chemin pour atteindre son but… Curieux mélange de contradictions.

Heureusement, à l’heure de  « lâcher le bébé », j’envoie des SOS comme des bouteilles à la mer à mes amis et je suis gâtée. Chacun met des gants, voir des moufles pour me donner son avis. C’est attendrissant toute cette délicatesse. Pour franchir les étapes, avancer vers la ligne d’arrivée tel un coureur cycliste, seul c’est impossible ; on a soif !

Pour moi, qui ai le don de m’isoler sans difficultés, car j’ai grandi ainsi ; je découvre avec émerveillement que je suis entourée. Ils prennent le temps de lire, de m’envoyer des notes, des fleurs (ça aurait été bien aussi dans mon monde imaginaire !), leur cigarette électronique sur la table (acte manqué ?), des bonnes ondes, des encouragements…Leurs lumières, leurs critiques, leurs bienveillances me donnent la force de continuer sans me sentir dans le vide obscur de l’écriture.

Et ils me proposent même de faire une lecture pour donner vie à ce spectacle. L’échange est la plus belle chose qui soit. De n’importe quelle manière, pour n’importe quelle cause (Bernard Lavilliers sort de ce corps !) ; la seule chose qui manque le plus dans notre petit périmètre au milieu de l’univers, c’est l’échange. C’est banal ce que je dis ?! Oui, mais le dire c’est déjà le partager sans gêne, sans honte, pour affirmer que je suis humaine, touchée par tant de gentillesse. Alors merci déjà pour tout ça. Ecrire est nouveau pour moi et je suis emplie de gratitude pour ceux qui m’accompagnent sur cette nouvelle route que je prends. Légère comme une plume !