Je me souviens de ceux qui m’ont fait du mal mais je sais que j’ai pu faire du mal aussi ; à d’autres. Un souvenir ressurgit, me met mal à l’aise. Je fouille dans ma mémoire et je vois une jeune femme triste et perdue ; je me sens coupable de mon attitude sévère à son encontre. Heureusement aujourd’hui c’est facile de retrouver quelqu’un sans être du F.B.I. C’est l’été, je lui envoie un message via FB pour m’excuser, certaine de l’avoir blessée, de ne pas avoir été à la hauteur quand elle avait besoin de moi. Il y a 18 ans de ça et qu’importe…

Trois mois plus tard, elle me répond : Désolée, je n’ai le message que maintenant, je ne suis pas championne dans le système des réseaux sociaux. Ça me ferait plaisir de te voir. Elle me laisse son numéro. Je l’appelle, on prend rendez-vous.

Je suis déjà soulagée avant même de la voir en vrai ; joli sentiment. Je la découvre avec ce sourire « pleines dents » que j’admire car je n’ai pas ce genre de sourire. Quand je souris je baisse la tête. Elle est belle avec sa tignasse blonde et sa voix un peu rauque. On cherche un endroit pour se poser. On marche un peu et on s’assoit à une terrasse de café. Il fait incroyablement bon dehors malgré l’automne qui arrive. Un été indien parisien.

On se parle, on se raconte nos vies, on rit… On se découvre tant de points communs. Nous sommes artistes l’une et l’autre avec des chemins si différents. Nous nous sommes connues quand nous avions 5 ans, nageant dans une rivière avec nos bouées. On s’est retrouvées à Paris dans nos premiers balbutiements scéniques et puis plus rien. Elle ne comprend pas pourquoi je me sens coupable, juste quelques griefs au sujet du ménage quand nous partagions ce studio ensemble. Les mystères de la mémoire…

On se quitte, on s’embrasse avec encore plein de choses à se dire. On se reverra. Sur le chemin du retour, je me sens plus légère. Finalement c’est bien de se souvenir, de dire pardon et de renouer avec quelqu’un. Passé, présent, futur.

Je crois que nous n’avons plus besoin de bouées maintenant.