Je ne sais pas comment c’est arrivé, j’ai enfin un livre de Françoise Sagan entre les mains.
Elle écrit comme elle respire. Sagan ça glisse. Ça se lit comme un rien et ça laisse des multitudes de petites traces.
Cette fluidité, cette aisance qu’elle a pour écrire les rapports amoureux… Je ne savais plus ce que c’était ; je les connaissais mais j’avais oublié.
C’est comme à force de ne jamais parler à la première personne, on peut finir par s’oublier soi-même.
Et parler au pronom personnel indéfini, est-ce pour mieux se sentir appartenir au monde qui nous entoure ?
Me voilà donc avec un roman de Sagan sur mon transat. J’ai enfin trouvé l’heure idéale pour descendre à la plage sans que le soleil ne brûle ma peau. Je regarde les sardines grillées, les femmes qui montrent encore leurs seins nus, les jeunes filles qui jouent à celle qui fera le mieux la roue. Je suis allongée à côté d’une femme, française. Elle est très jolie. Elle voit le roman et me dit :
– Ah… Sagan ! Pour elle, aimer c’est souffrir !
– Et pour vous ? Je réponds.
– Je crois aussi. Ça fait partie de l’amour. Je préfère être dans une histoire d’amour même difficile que dans aucune histoire.
Je n’ai pas insisté, je n’avais pas envie de la convaincre du contraire. Il est pour beaucoup d’entre nous délicat de vivre avec la solitude. La peur du vide. Et pourquoi s’acharner à expliquer ou argumenter puisque les autres ne veulent rien entendre. Qu’elle aime, qu’elle soit aimée en retour et qu’elle ne souffre pas à temps plein ! Amen.
S’il y a bien un domaine dans lequel je ne supporte pas la médiocrité, ce sont les sentiments et la soif d’absolu peut nous entrainer dans une longue errance, au point de souffrir de ne plus aimer. Mais chercher désespérément quelqu’un pour cette raison, c’est déjà le tromper. S’entêter à provoquer la rencontre est une démarche presqu’infantile, un caprice. Mais on peut toujours espérer que Google maps nous vienne en aide !
En attendant je crois que je vais à nouveau m’entrainer, il y a longtemps que je n’ai pas fait la roue.